Pourquoi les médias ne sont-ils pas de neutres rapporteurs de la réalité ?

Beaucoup de personnes souhaitent trouver dans les médias des informations neutres et objectives.

Que ce soit dans les médias « mainstream » ou les médias sociaux, quotidiennement une quantité considérable d’information nous parvient. Dans d’autres circonstances c’est nous qui allons à elle. En tant que spectateurs de la vie publique nous avons le droit d’avoir accès à l’information. « Scientia potentia est. » Le savoir c’est le pouvoir disait Thomas Hobbes. De ce fait, beaucoup d’entre nous ont pour but d’emmagasiner du savoir pour bénéficier de l’aura que celui-ci procure. Cela dit, permettant l’accès à l’information les médias ont un pouvoir suréminent par rapport à tous ceux qui « consomment » cette information. Ce pouvoir peut (consciemment ou non) profondément influencer notre perception de la réalité. La réalité étant constituée de l’information qui est traitée par notre cerveau, la question de la neutralité est en partie répondue. Maintenant allons plus loin.

  • Qu’est-ce que la réalité ?

La réalité est définie dans le Larousse par le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, fictif. La réalité est tangible, on peut la démontrer bref, elle a un caractère incontestable. En revanche, ce qui est bien souvent contestable c’est notre perception de la réalité. C’est notre perception de la réalité qui peut venir entraver la neutralité des informations qu’on échange avec les autres. Cette perception peut même devenir dangereuse quand on place notre perception de la réalité à égalité avec la réalité elle-même.

De nos jours force est de constater que les algorithmes des réseaux sociaux poussent leurs utilisateurs dans cet extrême. Facebook et Google pour ne citer que ceux-là, nous présentent en priorité des informations susceptibles de nous plaire, qu’elles soient vraies ou fausses. D’un côté c’est logique puisque si elles nous présentaient à répétition du contenu qui ne nous plaît pas, nous passerions beaucoup moins de temps sur ces plateformes, mais d’un autre côté ce système se fait l’ennemi de l’information objective. Ajoutez à ça l’importance qui est donnée aux contenus viraux et vous obtenez un sol fertile à la désinformation.

Le documentaire Derrière nos écrans de fumée disponible sur Netflix aborde le sujet de façon simple mais profonde. Divers intervenants ayant personnellement travaillé au développement de plusieurs géants du web apportent leur expertise au débat. Ce qui en ressort c’est que certains biais cognitifs dont nous sommes tous victimes peuvent régulièrement nous induire en erreur.

  • Les biais cognitifs dans les médias

Les biais cognitifs sont des raisonnements irrationnels systématiques qui altèrent notre traitement de l’information. On peut dire qu’ils ne sont pas vraiment là pour nous aider à voir la réalité en face. Ils ne sévissent pas seulement sur les réseaux sociaux, les médias traditionnels sont donc des plateformes sur lesquelles nous pouvons tous constater leur présence. Voici une liste des biais cognitifs qui selon moi méritent d’être plus souvent reconnus.

Le biais de cadrage

Comme son nom l’indique, la façon dont on nous présente un problème peut agir sur notre perception de celui-ci et donc de la réalité. C’est l’exemple typique qui montre que le point de vue fait la différence. On connaît tous ce biais sous la forme du précepte « il vaut mieux voir le verre à moitié rempli plutôt qu’à moitié vide. » Cette conception dépend entièrement du point de vue de l’observateur. Sans considération du fait qu’il soit optimiste ou pessimiste, tout dépend du contexte. Si nous sommes en train remplir le verre, il sera à moitié plein. Si nous sommes en train de le vider, il sera à moitié vide. Dans le cas présent, il est très facile de saisir le contexte de l’action. Par moment, c’est plus difficile. Le site de la revue des médias de l’INA (larevuedesmedias.ina.fr) propose un exemple très parlant.

Deux récits couvrent un débordement lors d’une manifestation. En voici un :

« Après avoir subi des dizaines de tirs de grenades lacrymogènes de la part des forces de police qui encadraient le défilé, certains manifestants sont sortis de leurs gonds et ont commencé à lancer tous les projectiles qui leur tombaient sous la main contre les CRS. »

Voici l’autre récit :

« Prenant tous les projectiles qui leur tombaient sous la main pour les lancer sur des forces de police qui encadraient le défilé, les manifestants ont subi en retour des dizaines de tirs de grenades lacrymogènes provenant des CRS. »

Même actualité mais reportages différents. Pour savoir qui a réellement commencé il faudrait pouvoir capter l’intégralité de la manifestation sous l’angle de vue qui va au moins permettre de constater le premier dérapage. Mais pour cela il faudrait être au bon endroit au bon moment. Face à ce qui est parfois imprévisible, comment être au bon endroit au bon moment ?

Le biais de confirmation

Le biais de confirmation nous pousse à ne rechercher et ne prendre en compte uniquement les informations qui vont dans le sens de nos croyances. Dans ce but, nous allons également ignorer ou déprécier celles qui nous contredisent, même celles qui reflètent la réalité. C’est humain. Nous aimons quand ce que nous lisons, écoutons ou les gens avec qui nous discutons sont d’accord avec nous. Les algorithmes que nous évoquions tout à l’heure favorisent malheureusement le biais de confirmation. Certains spécialistes appellent ce phénomène qui a lieu sur internet une « chambre d’écho. » En mettant exclusivement en avant le contenu susceptible de nous plaire, les algorithmes peuvent théoriquement nous renvoyer sous forme de contenus, à la manière d’un écho, nos propres opinions, idées et croyances. Ainsi, en l’absence d’arguments contestataires les théories du complot, les fake news finissent par séduire un grand nombre de personnes et pullulent sur internet.

Le biais d’ancrage

« La première impression est toujours la bonne. »

Voilà comment beaucoup de personnes se retrouvent « ancrées » à une première impression qui n’est pas toujours bonne finalement. Cette tendance nous pousse à utiliser de façon fantaisiste, infondée une information initiale comme référence.

Il arrive que les soldes dans les magasins fonctionnent suivant ce principe. Un écriteau vous dit que tel article (dont vous n’aviez pas spécialement besoin) coûtait 16€ mais aujourd’hui il en coûte 8. Vous n’en avez pas la preuve mais vous vous dites que c’est une bonne affaire et passez à la caisse. Il y a de fortes chances que vous vous soyez fait(e)«ancrer.»

Vous êtes du genre à comparer sans cesse des informations récentes à une information plus ancienne ou un a priori ? Il est possible que cela soit le fait d’un biais d’ancrage. Il peut en ce sens se rapprocher du biais de confirmation et en conclusion nous masquera probablement la réalité.

  • Le faux problème de l’objectivité des médias

C’est un faux problème puisque le facteur humain sera toujours présent dans notre perception de la réalité et dans notre traitement de l’information. Le site de la revue des médias de l’INA, mentionné plus haut, contient un article très intéressant à ce sujet. Cet article donne une explication que je trouve pertinente :

« […] peut-on vraiment faire abstraction de toutes nos déterminations pour réaliser un récit neutre de ce qu’il nous a été donné de voir ou de savoir ? La réponse est évidemment non ! Tout regard est subjectif, au sens où nous sommes entraînés par une part de nous-même lorsqu’il s’agit de porter son regard. […] Notre récit contient les mots que notre cerveau, mais aussi notre sensibilité, a aidé à formuler. Le choix des mots n’est jamais neutre. »

Plusieurs témoins ayant constaté un accident de la route ne vous en donneront jamais une description parfaitement identique. Chaque humain apporte sa subjectivité au récit, les journalistes n’étant pas des machines…

Pour finir, certaines rédactions sont ouvertement engagées, partant de ce fait on ne peut pas leur reprocher leur manque d’objectivité. En fait, c’est à vous d’être objectif. Vérifiez auprès de sources différentes (au moins trois) les actualités que l’on vous sert. Prenez conscience des biais cognitifs qui peuvent vous masquer la réalité et combattez-les. Essayez d’aller contre. Sur les réseaux sociaux, likez des posts ou abonnez-vous à des pages qui ne vous plaisent pas forcément. Vous tromperez ainsi les algorithmes qui proposeront progressivement du contenu diversifié à votre fil d’actualités. En bref, ne vous contentez pas des informations qui viennent à vous. Allez à l’information la plus fiable que vous pouvez trouver. Soyez puissants ! Scientia potentia est !

Que ce soit dans les médias « mainstream » ou les médias sociaux, quotidiennement une quantité considérable d’information nous parvient. Dans d’autres circonstances c’est nous qui allons à elle. En tant que spectateurs de la vie publique nous avons le droit d’avoir accès à l’information. « Scientia potentia est. » Le savoir c’est le pouvoir disait Thomas Hobbes. De…

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