Quelques erreurs de langage (un peu) trop fréquentes

S’il y a une chose que j’ai pu constater, non sans regrets, c’est que naître en France, apprendre le français et travailler en France ne font pas de nous des locuteurs avertis. « Le français c’est compliqué » me dira-t-on. Je vous l’accorde. Mais pas besoin d’être un académicien pour éviter ces quelques erreurs de langage un peu trop courantes à mon avis. C’est une liste non exhaustive évidemment mais j’espère qu’elle sera pour le moins instructive.

Types d’erreurs

Sous la dénomination « erreurs de langage » il y a plusieurs nuances de fredaines linguistiques. Ici, nous discuterons uniquement de quelques pléonasmes, barbarismes et solécismes les plus répandus. Énoncer des mots qui finissent par -sme donne l’air intelligent c’est vrai, mais à la fin de votre lecture vous y verrez plus clair et pourrez paonner, fier(e) de vos nouvelles connaissances.

Les pléonasmes

Sans doute les plus connus. Étymologiquement, le mot pléonasme désigne un excès. Un groupe de mots qui veulent tous dire la même chose, c’est ça un pléonasme. On ricane quand on entend « monter en haut » ou « descendre en bas. » Normal, ce sont les plus évidents. Pourtant, il y en a qui se décèlent un peu plus difficilement.

Incessamment sous peu : L’adverbe « incessamment » signifie sans délai, au plus tôt, très prochainement. L’expression « sous peu » est une façon raccourcie de dire « sous peu de temps. » Alors à moins d’être capable de nous sortir des phrases du style « dans peu de temps prochainement » ou encore « au plus tôt bientôt » on préfèrera dire « incessamment » ou « sous peu » mais pas les deux.

S’avérer vrai : Le radical « vrai » se retrouve dans ces deux mots. En effet, ils ont pour ancêtre le mot latin verus. S’avérer signifiant « reconnaître pour vrai, » dire s’avérer vrai revient à dire « reconnaître pour vrai vrai. » Pas beau. Il vaut mieux dire « se révéler vrai » par exemple.

Orthographe correcte : Le mot orthographe correspond déjà à la façon correcte d’écrire les mots (orthos = droit, graphein = écrire). Écriture correcte, oui. Orthographe correcte, non. Ensemble, disons non à la redondance.

Tri sélectif : Quand on trie on sélectionne. Sauf si vous voulez vraiment appuyer l’idée pour vous donner bonne conscience, parler du « tri des déchets » suffit largement.

Moi personnellement : Très connu celui-là mais sans qu’on sache vraiment pourquoi il continue d’exister. Quand vous vous exprimez de votre propre chef, inutile d’ajouter un pronom personnel. Je souhaite vivement que les personnes qui utilisent la formule extrême « moi personnellement je » se remettent en question sur-le-champ.

Petit chiot / Petit chaton : Comme on dit, « tout ce qui est petit est mignon. » Un chiot ou un chaton étant déjà petits (et donc déjà mignons), pas la peine d’en rajouter.

Les barbarismes

Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) il s’agit de mots créés ou altérés, déviés de leur sens. Autrement dit, ce sont des mots qui n’existent pas. Ils sont souvent le résultat d’un amalgame avec d’autres mots qui eux existent vraiment. Voyez par vous-même.

Disgression : Il est vrai que souvent le préfixe « dis » signale un écartement, une séparation ou une différence. Il a souvent un sens négatif. Malgré tout, il convient de parler d’une « digression » et non d’une « disgression. »

Astérix : Pour beaucoup de personnes, ceci « * » est une astérix. Conscient du monument de littérature que représente ce personnage de bande-dessinée, je dois quand même vous dire que l’appellation correcte est « un astérisque. » Et oui, c’est bien un nom masculin.

Mémotechnique : Logiquement, on se dit qu’il s’agit d’un moyen de faciliter la mémorisation. On est dans le champ lexical de la mémoire alors on ne voit pas tout de suite ce qui pourrait poser problème avec ce terme. L’étymologie. Ainsi, c’est à la racine grecque mnêmê que nous devons le mot français « mnémotechnique. »

Enduire dans l’erreur : Lorsque vous trompez quelqu’un en lui donnant une mauvaise information vous ne l’enduisez pas en erreur mais vous êtes plutôt en train de « l’induire en erreur. » L’enduit c’est différent, ça sert de revêtement à une surface.

Les solécismes

Dans l’Antiquité, les habitants de la ville de Soles avaient la réputation de déformer le grec. Le solécisme est donc une entorse faite à la syntaxe de notre langue. Vous n’avez pas envie de devenir à votre tour une référence en matière de lacunes en français, pas vrai ?

S’avérer faux : Comme dit plus haut, le verbe « s’avérer » signifie « reconnaître pour vrai. » Dès lors, c’est un non-sens d’associer ces deux notions étymologiquement opposées. On dira donc « se révéler faux. »

Au final : Une construction régulièrement entendue et pourtant inexacte. La règle c’est que la préposition « au » s’utilise devant les noms de lieux de genre masculin qui commencent par une consonne. Le mot « final » étant un adjectif qualificatif (et non un lieu) l’associer à la préposition « au » pour créer la locution « au final » est plus ou moins fantaisiste. L’adverbe « finalement » ou la locution « pour finir » sont largement préférables.

Habiter sur : Cette formulation est également très répandue mais est tout autant inexacte.

« Je vais descendre sur Marseille. »

— Vous trouvez-vous donc en hélicoptère ?  rétorquait l’Académicien Maurice Druon.

— C’est pour travailler sur la région Provence-[Alpes]-Côte d’Azur.

— A-t-elle besoin d’être modifiée, redessinée ? » finit-il par ajouter.

Vous l’avez compris, on va à Marseille pour éventuellement travailler dans la région PACA.

Pallier à / Se rappeler de : On a affaire ici à des verbes transitifs directs. On doit donc dire « pallier un manque » et « se rappeler le dernier film qu’on a vu. »

Bonus

D’humeur généreuse voici quelques erreurs courantes résultant d’une mauvaise connaissance des accords de conjugaison.

J’ai été + lieu : Quand on se rend quelque part il faut utiliser le verbe aller. La formulation auxiliaire avoir au présent + participe présent du verbe être traduit un mode passif. En gros vous subissez l’action. C’est la raison pour laquelle on ne dira pas non plus « j’ai été mangé. » Votre interlocuteur aurait dans ce cas raison de vous demander « Par qui avez-vous été mangé ? » et la conversation deviendrait tout de suite très étrange. On préférera « je suis allé à la banque » ou « je suis allé manger. »

Ils voyent : À la troisième personne du pluriel, la conjugaison du verbe voir au présent de l’indicatif est « ils/elles voient. » Vous vous dites peut-être « Oui mais au subjonctif c’est normal. » Faux ! (#NormanVoice). Au présent du subjonctif on dit « qu’ils/elles voient. »

De façon plus rare il arrive que la même erreur se produise avec le subjonctif du verbe être. Même si aux 1ères et 2es personnes du pluriel le radical peut laisser penser que dire « qu’ils/elles soyent » est correct ça n’est pas le cas. On dira bien sûr « qu’ils/elles soient. »

Comment faire moins d’erreurs ?

Certaines personnes peuvent ne pas voir l’intérêt qu’il y a à soigner son langage. Pour elles tant qu’on est compris(e) c’est l’essentiel. Pourtant, tout comme il y a une différence entre manger et savourer un plat, il y a une différence entre transmettre une information et s’exprimer habilement. Il est bien plus agréable d’écouter un message joliment formulé.

S’améliorer dans ce but demande parfois du temps mais c’est possible et c’est tout à votre avantage. Lire des ouvrages de littérature peut vous familiariser aux tournures et expressions adéquates de la langue. D’autre part, il existe des guides assez rapides à lire qui peuvent brièvement corriger nos mauvaises manies. J’aime beaucoup 150 erreurs ou tics de langage par Hugo Coniez. Je l’ai lu en une soirée et il est riche d’enseignements. J’ai pu m’en  inspirer pour certains sous-titres de cet article. Bientôt je rédigerai un article sur d’autres erreurs de français qui sont pareillement abordées dans ce petit manuel.

Pour finir, certains sites internet sont de bons outils pour progresser. Par exemple : lefigaro.fr/langue-francaise. Des conseils d’orthographe, de l’étymologie et des quizz y constituent une réelle panoplie permettant d’augmenter votre niveau de langue. Et voilà ! Vous avez maintenant en votre possession les élémentaires pour vous exprimer avec brio.

Si ces conseils vous ont été utiles ou pourraient l’être à d’autres, un partage serait le bienvenu.

Merci de m’avoir lu. ☺

S’il y a une chose que j’ai pu constater, non sans regrets, c’est que naître en France, apprendre le français et travailler en France ne font pas de nous des locuteurs avertis. « Le français c’est compliqué » me dira-t-on. Je vous l’accorde. Mais pas besoin d’être un académicien pour éviter ces quelques erreurs de…

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